Pihem sous l’occupation

Pihem : village de passage


De tous temps, notre région fut un lieu de passage stratégique qui fut convoitée et occupée au cours des siÚcles par de multiples envahisseurs. Ainsi, elle fut envahie par les romains au premier siÚcle avant JC, par les barbares du IVÚme au VÚme siÚcle et au IXÚme par les normands. Au XIV Úme siÚcle, il y aura plusieurs grandes batailles contre les anglais pendant la guerre de cent ans et du XVIÚme au XVIIÚme siÚcle, ce fut la lutte contre les espagnols.
Le XXÚme siÚcle, sera de loin la période la plus troublée.
1914-1918 : proximité du front, occupation de tous les villages par les troupes anglaises et françaises qui y stationnent et s’y entraînent.
1940-1943 : occupation par les troupes allemandes . La population souffre de privations de liberté, du rationnement, des proches prisonniers ou réquisitionnés. Pourtant, les victimes et dégâts sont peu nombreux. L’essentiel des combats se déroule quotidiennement entre la RAF (Royal Air Force) et la Luftwaffe dans le ciel. On peut croire que la guerre se finira ainsi.
Pourtant, c’est en fin 1943, que le pire va venir. En effet, les troupes allemandes ont subi des revers partout. Hitler mise alors tout sur de terribles armes de représailles. Des armes terroristes issues de la technologie allemande qui pourront frapper et tuer à distance. Cette arme, la plus au point à l’époque, est le V1, en étude depuis septembre 1941. 100 ont déjà été lancé avec succÚs en juin 1943. DÚs la fin de l’été 43, on commence à édifier les sites de lancement. En raison des caractéristiques de cette arme, notre village se retrouve au c?ur de ce dispositif. Les nazis pensent anéantir Londres, mais en réalité notre village subira comme bien d’autre le martyr. De septembre 1943 à septembre 1944, Bientques subira l’une des périodes les plus mouvementées de son histoire.

Les bombardements


L’activité aérienne va être considérablement gênée par la proximité des sites de DCA (Défense Contre Avions) de Créhem et Esquerdes (moins de 1000 m) qui empêchera les reconnaissances photos précises et obligera les attaques à prendre des routes parallÚles au site de DCA.
20 Janvier 1944 : Ce fut le premier bombardement. Vers 15 h 15 , six appareils attaquent Esquerdes et lâchent douze bombes de 500 kg. Cinq tombent dans des chemins de terre à Bientques et sept au lieu-dit  » Le Ferlan « . C’était pourtant le site d’Esquerdes qui était visé.
Il n’y avait encore aucune construction liée au site V1 à cette époque. En plein dans l’axe de la coupole de Wizernes, le site V1 est vite repéré et dÚs le début des tirs sur Londres, le 14 Juin, des opérations contre lui sont prévues.
Lundi 19 juin 1944 :Vers 18 h , attaques par vagues successives entre 2000 et 5000 m. Cent bombes de gros calibres vont détruire 3 habitations et causer des dégâts sur dix maisons, rue du Cornet. C’est une erreur, car cette rue est parallÚle au site. Malheureusement, quatre personnes seront tuées prÚs du Bois Faucon. Il s’agit de Paul Lemaître, sa femme et sa tante, ainsi que le petit Roger Blot, juste âgé de 9 ans, qui lui décéda peu aprÚs
Le rapport de l’époque, ne parle que d’un tué, deux blessés graves, deux légers, trois maisons détruites et dix endommagées.
Mardi 20 juin 1944 : Une dizaine de passages d’ avions effectuent des bombardements et mitraillage. Il n’y a pas de victime, mais un accessoire de la rampe (peut être l’AnlassgerÀt : appareil de démarrage)est touché et sera évacué vers Thérouanne le lendemain par un camion bâché.
Vendredi 23 juin 1944 : Vers 21 h , quinze avions en deux formations venant de Cléty effectuent un bombardement. La rampe est bien touchée et coupée en deux endroits. Il y a deux blessés, Mr Noyelle Denis et un soldat allemand. La rampe étant détruite, la population est soulagée et certains, comme la famille Beauchant, reviennent. Malheureusement, les alliés ne pouvant pas vérifier par repérage aérien que la rampe est détruite, un deuxiÚme bombardement, sans doute déjà prévu, va surprendre tout le monde.
Nuit du vendredi 23 au samedi 24 Juin : Suite à l’offensive des V1 lancée par les allemands, un trÚs vaste bombardement de nuit va être organisé dans toute la région de 0 h 30 à 1 h 00. Les anglo-américains vont en un seul raid massif de nuit toucher de multiples sites stratégiques allemands.
Des fusées éclairantes accrochées à des parachutes vont éclairer toute la région. Beaucoup vont dériver vers Herbelles, preuve qu’il y avait un fort vent du nord .
Dans ce gros bombardement, presque tout le village est touché. La RN 28 est coupée. Les fusées éclairantes rendent tout visible. Ce deuxiÚme bombardement est le plus massif et le plus impressionnant de la région. Le bilan est lourd. A l’entrée du village, sur la RN 28, une famille est décimée : Emile, Gabriel, Maurice et René Beauchant (ils revenaient juste de Remilly où ils étaient réfugiés). Un allemand est vu mort prÚs d’un bac rue EugÚne. On ne connaît pas les autres pertes allemandes Les blessés : Mme Dufour , habitante de Saint Omer , blessée devant la maison Beauchant, où elle n’a pu entrer et Mme Desckodt Caron.

Selon le rapport des autorités, le courant est coupé, la RN 28 est coupée entre Wizernes et Cléty en six endroits, le chemin n° 192 est coupé entre Esquerdes et Herbelles. Ni la rampe, ni le reste des bâtiments ne semblent avoir été retouchés. Les allemands récupÚrent donc l’essentiel du matériel (appareil de démarrage, canon de tir) et évacuent les lieux.

Résultat des bombardements :

La rampe, touchée le 20 Juin, sera coupée en deux endroits le 23 Juin. Peu de bâtiments liés au site seront touchés. Seul le bâtiment de préparation des V1 prÚs de la ferme Dupont est détruit. Les deux fermes situées au c?ur du site seront bien endommagées.
Le troisiÚme bombardement (le 23 Juin) a rendu la rampe inutilisable. Toutes les autres attaques seront un vaste échec et le village en paiera un lourd tribut. Aucune partie du village ne sera épargnée : une partie de la RN 28, la rue principale pour aller sur Herbelles, la Horde rue, la rue du cornet et le quartier du Tonkin.
Sur prÚs de 72 maisons ou bâtiments, 50 sont touchés. PrÚs de 20 totalement détruits et une trentaine trÚs endommagés (voir tableau p. ). Bientques se retrouve donc, quasiment rayé de la carte. De nombreuses bombes ne vont pas exploser et devront être désamorcées : une sous la maison de Mr Lecat, (les démineurs devront l’atteindre par un tunnel), une sera retrouvée à 3 m de profondeur dans les années 1980 dans la propriété de Mr Canler lors d’une construction et derniÚrement, un fragment de bombe américaine de 150 kg était encore visible en face de la rampe.

La reconstruction du site :


Les dommages subis par le village seront évalués par la commission des dommages de guerre. Bientques sera en général assez bien servi, compte tenu du fait que le ministre de la reconstruction, Bernard Chochoy , étant de Lumbres. L’architecte sera monsieur Platiau Gilbert. Les bâtiments et maisons seront reconstruits dans le style de l’époque par diverses entreprises: Duthille, Delaly de Lumbres, Gallet de Cléty, Oscar Joly de Lumbres et Oscar Casiez d’Herbelles. Chez certains, la reconstruction sera rapide, tandis que chez d’autres, se sera plus tardif. Monsieur Dupont, verra des étables reconstruites en 1954, soit 10 ans aprÚs la destruction. Madame Lecat vit sa reconstruction commencée en 1958 soit 14 ans aprÚs les bombardements. Chez certains, on le voit, les dommages de guerre dureront bien longtemps.

Listes des propriétaires Bâtiments touchés


Lecat Roger Maison-Dépendance
Beauchant Gérard Totalité
Maison de la commune Totalité
Jennequin Ulric Maison-Dépendance
Beauchant FidÚle Maison-Dépendance
Allouchery Irma Dépendance
Blot Georges Maison-Dépendance
Bailly Jules Maison-Dépendance
Laridan Elie Maison-Dépendance
Vasseur Evariste Totalité
Marquis Clément Totalité
Tassart Henri Totalité
Ritaine Paul Maison-Dépendance
Faucon Alcide Totalité
Delohen Antoine Dépendance
Duplouy Martial Dépendance
Caron Romuald Totalité
Delrue Jacques Maison-Dépendance
Caron Eloi Totalité
Caron Justin Totalité
Lemaître Emile Maison-Dépendance
Lemaître Georges Dépendance
Terlutte Léonce Dépendance
Bouloy Totalité
Lefebvre Victor Maison-Dépendance
Pruvost Zulma Maison-Dépendance
Obert Emile Totalité
Darques Sauvage Maison-Dépendance
Delvart Duplouy Maison-Dépendance
Bailly Elie Totalité
Bailly Gaston Totalité
Dumont Gaston Maison-Dépendance
Faucon Irénée Dépendance
Ritaine Eloi Maison-Dépendance
Deschodt Miltiade Dépendance
Delpouve Aimée Maison-Dépendance
Durieux Georges Maison-Dépendance
Canler Felix Dépendance
Dupont Emile Dépendance- Grange rasée
Eloy Bouloy Dépendance
Duchatel Talleux Maison-Dépendance
Lecat Marcel Dépendance
Jennequin Jules Maison-Dépendance
Blot Charles Maison
Vasseur Louis Grange
Dupont Gaston Dépendance
Denuncq Emile Maison-Dépendance
Vasseur Léon Maison
Delvart Victor Totalité
Blot Arthur Dépendance
Wintrebert Daniel Dépendance
Deschodt Léon Dépendance
Foube Elie Totalité
Lemaire François Maison-Dépendance
Durieux Ansel Totalité
Foube Clodomir Maison-Dépendance

Remerciements


Tous mes remerciements à David PLAQUET pour ses recherches approfondies et à Hugues CHEVALIER pour ses ouvrages sur la seconde guerre mondiale, ouvrages qui ne manqueront pas de s’étoffer prochainement: Merci à vous deux de contribuer à une meilleure connaissance de notre village.
M. WAVRANT

Maison Allouchery en 1944
Maison Allouchery en 1944
Blockhaus
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